Longtemps considéré comme une adventice secondaire, l’érigeron s’impose désormais comme une menace dans les vignobles, les vergers, les cultures maraîchères et les parcelles peu travaillées. Sa capacité à occuper rapidement les sols nus, à produire des milliers de graines dispersées par le vent et à développer des résistances à plusieurs herbicides complique fortement sa maîtrise. Face à cette progression, connaître sa biologie, ses impacts et les leviers de lutte disponibles permet de construire une stratégie plus durable à l’échelle de la parcelle.
- Quels sont les érigerons problématiques en agriculture ?
- Pourquoi cette adventice se développe-t-elle aussi facilement ?
- Quelles cultures sont concernées et quels dégâts provoque-t-il ?
- Pourquoi les résistances aux herbicides constituent-elles un problème majeur ?
- Comment maîtriser l’érigeron avec une stratégie intégrée ?
- Solutions de lutte Agrobiotop contre l'érigeron
Quels sont les érigerons problématiques en agriculture ?
Le terme érigeron regroupe plusieurs espèces de la famille des Astéracées, dont trois sont principalement observées dans les cultures françaises.
| Nom courant | Nom botanique actuel | Ancien nom encore utilisé |
| Érigeron du Canada | Erigeron canadensis | Conyza canadensis |
| Érigeron de Sumatra | Erigeron sumatrensis | Conyza sumatrensis |
| Érigeron de Buenos Aires | Erigeron bonariensis | Conyza bonariensis |
L’érigeron du Canada présente généralement des feuilles étroites, peu velues et d’un vert légèrement jaunâtre. L’érigeron de Sumatra possède souvent un feuillage plus large, grisâtre et couvert d’une pilosité dense. L’érigeron de Buenos Aires tend, quant à lui, à se ramifier davantage dès la base.
Les trois espèces commencent leur cycle par une rosette plaquée contre le sol, avant d’émettre une tige dressée pouvant atteindre environ 50 centimètres à 2 mètres selon l’espèce, la disponibilité en eau et la fertilité du milieu.
Cette tige porte de nombreux petits capitules capables de produire des graines munies d’une aigrette blanche. Deux cycles peuvent se côtoyer dans une même parcelle : les plantes levées en automne hivernent en rosette avant de monter au printemps, tandis que les levées printanières se développent et fleurissent au cours de la même année.
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Pourquoi cette adventice se développe-t-elle aussi facilement ?
La progression de l’érigeron repose sur plusieurs caractéristiques biologiques qui favorisent simultanément sa reproduction, sa dispersion et son installation sur les sols peu couverts.
- Une production de graines particulièrement élevée. Une plante bien développée peut produire jusqu’à environ 200 000 graines. Leur petite taille et leur aigrette facilitent leur transport par le vent. La majorité retombe près de la plante mère, mais une partie peut rejoindre des parcelles plus éloignées. Une infestation peut ainsi provenir d’un talus, d’une friche, d’un chemin, d’un fossé ou d’une parcelle voisine. Une seule plante arrivée à maturité peut suffire à créer un nouveau foyer.
- Une germination principalement localisée à la surface. Les graines ont besoin de lumière et lèvent surtout lorsqu’elles restent dans les premiers millimètres du sol. Leur germination diminue fortement lorsqu’elles sont enfouies au-delà de 0,5 à 1 centimètre. Les inter-rangs nus, les cavaillons, les passages d’engins, les sols caillouteux, les zones tassées et les systèmes à faible perturbation du sol lui offrent donc des conditions favorables.
- Plusieurs vagues de levée au cours de l’année. Des plantes peuvent apparaître dès l’automne, rester en rosette pendant l’hiver puis reprendre leur croissance au printemps. D’autres germent au printemps ou au début de l’été. Une surveillance limitée à une seule période laisse souvent s’installer une nouvelle génération.
- Un stock semencier régulièrement réalimenté. Les graines présentent généralement peu de dormance et leur persistance dans le sol reste relativement courte par rapport à celle d’autres adventices. Cette faiblesse peut devenir un avantage pour le cultivateur lorsque toute nouvelle production de graines est empêchée pendant plusieurs campagnes. À l’inverse, quelques plantes échappées peuvent produire suffisamment de graines pour annuler les efforts précédents.
Les systèmes sans labour ou avec travail réduit ne conduisent pas automatiquement à une infestation. Ils demandent toutefois une gestion plus rigoureuse de la couverture végétale, des bordures et des périodes d’interculture. Plus le sol reste nu et peu perturbé, plus les graines disposent de lumière et d’espaces libres pour germer.
Quelles cultures sont concernées et quels dégâts provoque-t-il ?
L’érigeron se développe surtout dans les cultures pérennes et les systèmes où la surface du sol demeure peu perturbée pendant une période prolongée.
Vignes et vergers
Dans les vignes et les vergers, les plantes s’installent fréquemment sous le rang, autour des ceps, au pied des arbres et dans les secteurs difficiles à atteindre avec les outils mécaniques. Les jeunes plantations, les sols superficiels et les parcelles exposées aux sécheresses estivales sont particulièrement sensibles à la concurrence pour l’eau.
Une population dense prélève également des éléments minéraux, gêne les passages d’outils et forme, après montaison, des tiges hautes et fibreuses plus difficiles à arracher. Les individus conservés dans les bordures ou autour des troncs entretiennent parallèlement une pluie de graines sur l’ensemble de la parcelle. Les populations françaises résistantes au glyphosate ont principalement été recensées dans des vignobles, où la répétition de pratiques similaires sur plusieurs années a exercé une forte pression de sélection.
Grandes cultures
Dans les grandes cultures, l’érigeron progresse surtout dans les rotations conduites en semis direct, avec travail simplifié ou avec de longues intercultures. Il peut être présent avant l’implantation du maïs, du soja, du tournesol ou des céréales, puis poursuivre son développement dans la culture lorsque la couverture du sol tarde à se mettre en place. Une rosette installée avant le semis dispose déjà d’un système racinaire fonctionnel et d’un accès prioritaire à l’eau. Sa nuisibilité dépend donc autant de sa densité que de sa date de levée.
Cultures maraichères
Dans les cultures maraîchères et les pépinières, l’érigeron profite des espaces entre les planches, des passages techniques, des bordures de tunnels et des périodes séparant deux cultures. Les graines peuvent être apportées par le vent, mais aussi circuler avec des mottes, des plants, des pots ou des substrats contaminés. Les plantes développées compliquent les opérations manuelles, ralentissent la récolte et peuvent contaminer les lots commercialisés. Lorsque la maîtrise repose en partie sur l’arrachage, une intervention tardive augmente rapidement le temps de travail, car les racines sont plus solides et les tiges peuvent déjà porter plusieurs centaines de capitules.
Pourquoi les résistances aux herbicides constituent-elles un problème majeur ?
L’érigeron illustre les limites d’une stratégie reposant durablement sur le même mode d’action. Des résistances au glyphosate sont recensées dans plusieurs pays et certaines populations françaises ont été identifiées, notamment en viticulture. Des résistances aux inhibiteurs parmi lesquels figure le flazasulfuron, ont également été signalées. Leur apparition résulte d’un processus de sélection : les individus naturellement moins sensibles survivent aux applications répétées, produisent des graines et transmettent leurs caractères à la génération suivante.
Cette sélection est favorisée lorsque le même mode d’action est employé fréquemment, lorsque des plantes déjà développées échappent aux interventions ou lorsque quelques survivantes sont autorisées à fleurir. Une efficacité insuffisante ne prouve toutefois pas, à elle seule, la présence d’une résistance. Le stade des plantes, la sécheresse, les conditions d’application, la couverture du feuillage ou une pluie survenue après l’intervention peuvent également expliquer un résultat décevant. La résistance devient plus probable lorsque des érigerons de taille comparable survivent de manière répétée dans une zone précise, alors que les autres adventices présentes ont été maîtrisées. Ces foyers doivent être repérés, cartographiés et empêchés de produire des graines, car la dispersion par le vent peut rapidement étendre le problème au reste de l’exploitation.
Comment maîtriser l’érigeron avec une stratégie intégrée ?
La gestion durable de l’érigeron repose sur une succession d’actions destinées à réduire les levées, détruire les jeunes plantes et interrompre le renouvellement du stock de graines.
- Empêcher toute montée à graines. Les premiers foyers doivent être arrachés, coupés ou détruits avant la floraison. Les plantes portant déjà des capitules gagnent à être retirées de la parcelle, car certaines graines peuvent poursuivre leur maturation après une coupe tardive. La fauche ne suffit pas toujours : un érigeron coupé trop haut peut se ramifier depuis sa base et produire de nouvelles inflorescences. Les bordures, fossés, chemins, pieds de clôtures, abords de serres et zones de stockage doivent faire l’objet de la même surveillance que les surfaces cultivées.
- Intervenir au stade plantule ou petite rosette. Une jeune plante possède un enracinement limité et des tissus plus faciles à détruire. Le binage, le sarclage, l’arrachage ou un travail superficiel donnent alors des résultats plus réguliers. Après la montaison, la racine est mieux implantée et la tige peut repartir lorsqu’elle n’a pas été entièrement sectionnée ou déracinée. Les observations doivent donc commencer avant que les plantes deviennent visibles au-dessus de la culture.
- Maintenir une couverture du sol. L’érigeron germe difficilement lorsque la lumière atteint peu la surface. Des couverts végétaux denses en interculture, une culture capable de fermer rapidement le rang, un paillage organique suffisamment épais ou un enherbement maîtrisé limitent les espaces disponibles. En vigne et en verger, le choix du couvert doit tenir compte des réserves hydriques, de la profondeur du sol et de la vigueur des plantations. L’objectif consiste à réduire les zones nues sans installer une végétation qui concurrencerait excessivement la culture.
- Mobiliser le travail mécanique de manière ciblée. Un passage réalisé sur de petites rosettes peut déraciner les plantes et exposer leurs racines à la dessiccation. Un travail plus profond peut aussi enfouir les graines au-delà de la zone favorable à leur germination. Le faux-semis permet, pour sa part, de provoquer une première vague de levée avant de la détruire. L’efficacité dépend fortement de l’humidité du sol, du stade des plantes et de la qualité du déracinement. Un passage sur un sol humide peut laisser des rosettes reprendre racine, tandis qu’une intervention sur des plantes déjà hautes donne souvent des résultats irréguliers.
Solutions de lutte Agrobiotop contre l’érigeron
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